Est-ce vrai qu’allaiter fait maigrir ?

samedi 31 août 2013
par  Dr Phil
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Réponse : c’est en partie VRAI, l’allaitement semble associé à une perte de poids après l’accouchement. Mais il ne fait pas "maigrir", il peut simplement contribuer, avec d’autres mesures, à retrouver le poids qu’avait la femme avant sa grossesse. Mais ça ne marche pas hélas chez les femmes en surpoids important... Surtout, c’est grâce à une alimentation équilibrée (éventuellement contrôlée sur le plan calorique si on est en surpoids) associée à de l’exercice physique régulier qu’on met toutes les chances de son côté pour ne pas prendre du poids après chaque grossesse.

La prise de poids pendant la grossesse est un phénomène naturel qui prépare la femme aux défis nutritionnels de la grossesse.

Très schématiquement l’augmentation de poids pendant la grossesse se réparti en 4 parts à peu près équivalentes :

  • le poids du fœtus
  • le poids du placenta, du liquide amniotique et de l’utérus (qui s’est développé pour accueillir le fœtus)
  • les réserves nourricières rapidement mobilisables pour l’enfant : accroissement du volume sanguin et hydrique de la femme, augmentation de la masse des seins qui se préparent à l’allaitement
  • un stock d’énergie de réserve, sous forme de graisse, notamment dans les fesses et les cuisses.

Mais, après la naissance, la perte de ces kilos n’est pas toujours complète, surtout si la prise de poids a dépassé le nécessaire et le « post-partum » (après la grossesse) est une période à risque de constituer un surpoids, voire une obésité obésité L’obésité est définie par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 chez l’adulte. On parle d’obésité "morbide" quand l’IMC est supérieur à 40.
L’IMC est un indice mondialement reconnu, qui se calcule en divisant le poids corporel en Kg par la taille (en mètres) au carré. Quand un médecin parle de surpoids ou d’obésité ça n’est donc pas au "jugé" ou sur des critères morphologiques, mais sur cet indice. Cependant, l’IMC ne reflète pas bien la masse grasse et notamment la graisse qu’on considère comme potentiellement dangereuse : celle du "ventre". Il faut donc également estimer cette graisse en mesurant le tour de taille et en calculant le rapport taille/hanche.
. (Lovelady C. 2011 ; Rooney BL 2002 ; Baker JL 2008)

Alors, est-ce que le fait d’allaiter son bébé, pourrait puiser dans les réserves de la maman et contribuer à lui faire perdre le « surplus » accumulé pendant la grossesse ?

Certains éléments de la littérature scientifique suggèrent en effet que la lactation, en raison de l’énergie qu’elle demande, peut contribuer à modifier le poids et la composition corporelle de la maman.

Dès 1989, ce phénomène a fait l’objet d’une étude (Dugdale AE 1989) auprès de 151 femmes, sans surpoids, âgées en moyenne de 27 ans et suivies pendant 1 an après l’accouchement.
Cette étude ne montre pas d’effet de lactation sur la perte de poids. Elle comporte néanmoins des limitations méthodologiques et a été sponsorisée par… un fabriquant de laits infantiles ! Comme on peut toujours suspecter l’influence (même inconsciente) du type de sponsor sur les résultats d’une étude, il faut interpréter ces conclusions avec prudence et voir ce que concluent d’autres études sur le même sujet.

Baker JL et collaborateurs ont publié en 2008 (Baker JL 2008) les résultats d’un grande étude rétrospective auprès de femmes Danoise (de la cohorte « Danish National Birth Cohort ».
Il ont procédé en interrogeant ces femmes 6 mois (36 030 femmes) et 18 mois (26 846) après leur accouchement.

Leurs constatations sont les suivantes :

  • les femmes qui prennent le plus de poids pendant la grossesse sont aussi celles qui risquent de garder un excès de poids après l’accouchement

Les auteurs concluent que si les femmes allaitent exclusivement pendant 6 mois et qu’elles n’ont pas dépassé une prise de poids d’environ 12 kg pendant leur grossesse, elles ont moins de risque d’avoir pris du poids de façon importante (≥5 kg) 6 mois après leur grossesse. Les femmes obèses au départ ne bénéficient pas hélas de cet effet de l’allaitement et sont à risque de grossir davantage après une grossesse.

Et si mon maigrit trop après la grossesse, est-ce que ça peut nuire à la quantité de lait et donc à la croissance de l’enfant ?

Cette question a également été étudiée, et plusieurs publications ont analysé le lien entre restriction calorique et production de lait maternel.
La synthèse qui a été faite à l’occasion des recommandations de Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé (ANAES 2002) conclue que ni la restriction calorique (sauf en cas d’apport inférieur à 1 500 Kcal/j qui entraîne une baisse du volume de lait produit par la mère) ni la perte de poids graduelle en post-partum d’environ 500 g par semaine n’ont d’impact négatif sur la lactation et le développement du nourrisson.

En conclusion ?
Une prise de poids excessive pendant la grossesse, et qui n’est pas perdue 1 an après l’accouchement augmente le risque de surpoids et d’obésité obésité L’obésité est définie par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 chez l’adulte. On parle d’obésité "morbide" quand l’IMC est supérieur à 40.
L’IMC est un indice mondialement reconnu, qui se calcule en divisant le poids corporel en Kg par la taille (en mètres) au carré. Quand un médecin parle de surpoids ou d’obésité ça n’est donc pas au "jugé" ou sur des critères morphologiques, mais sur cet indice. Cependant, l’IMC ne reflète pas bien la masse grasse et notamment la graisse qu’on considère comme potentiellement dangereuse : celle du "ventre". Il faut donc également estimer cette graisse en mesurant le tour de taille et en calculant le rapport taille/hanche.
par la suite. L’allaitement peut modérément contribuer à la perte de poids après l’accouchement, mais ça ne suffit pas chez les femmes en surpoids important (IMC indice de masse corporelle L’indice de masse corporelle (IMC) sert à définir médicalement le niveau d’obésité. C’est un indice mondialement reconnu, qui se calcule en divisant le poids corporel en Kg par la taille (en mètres) au carré. Quand un médecin parle de surpoids ou d’obésité ça n’est donc pas au "jugé" ou sur des critères morphologiques, mais sur cet indice. Globalement, il a été démontré une mortalité accrue chez les personnes qui s’éloignent de la zone "normale".
Les valeurs de référence chez l’adulte sont :
Moins de 18,5 : maigreur
18,5 à 25 : Corpulence normale
25 à 30 : Surpoids
30 à 35 : Obésité
Plus de 40 : Obésité morbide
Chez l’enfant, des courbes en fonction de l’âge sont disponibles sur le site de l’OMS.
≥ 35). La lutte contre le surpoids, en post-partum comme dans les autres situations passe par une alimentation équilibrée et de l’activité physique régulière (et un contrôle des apports caloriques si nécessaire).

Allaiter, oui pour le bien-être votre enfant, mais pas dans l’objectif de perdre du poids, l’effet sera modéré et surtout ne doit pas remplacer les mesures hygiéno-diététiques (alimentation équilibrée, exercice physique régulier) avant, pendant et après la grossesse.


Niveau de certitude : ÉLEVÉ

Sources :

Lovelady C. Balancing exercise and food intake with lactation to promote post-partum weight loss. Proc Nutr Soc. 2011 May ;70(2):181-4.

Rooney BL & Schauberger CW. Excess pregnancy weight gain and long-term obesity : One decade later. Obstet Gynecol 2002 ;100 : 245–252.

Baker JL, Gamborg M, Heitmann BL, Lissner L, Sørensen TI, Rasmussen KM. Breastfeeding reduces postpartum weight retention. Am J Clin Nutr. 2008 Dec ;88(6):1543-51.

Dugdale AE, Eaton-Evans J. The effect of lactation and other factors on post-partum changes in body-weight and triceps skinfold thickness. Br J Nutr. 1989 Mar ;61(2):149-53.

Agence Nationale d’Accréditation et d’Évaluation en Santé (ANAES). Allaitement maternel - Mise en œuvre et poursuite dans les 6 premiers mois de vie de l’enfant. Recommandation de bonne pratique - Mis en ligne le 1/5/2002.


Commentaires

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mardi 24 février 2015 à 15h45 - par  Peggy

Bonjour, en tant que maman de 2 enfants, je dois avouer qu’allaiter m’a totalement aidé à perdre du poids. Je faisais 60kg quand j’ai débuté ma première grossesse. (Pas très heureuse avec ce poids, je me trouvais plutôt boulotte). J’ai pris 12kg en 9 mois et perdu 20kg 5 mois après la naissance. Pour ma deuxième grossesse, j’ai pris 16kg et encore tout reperdu quelques mois après la naisance. J’ai aujourd’hui 40 ans et je fais toujours 51/52kg (mon poids idéal). Ce que je peux dire c’est qu’allaiter me coupait naturellement l’appétit, je n’avais pas forcément faim, pourtant je devais bien manger pour les nourrir, mais je mangeais moins d’où cet amaigrissement rapide. Je ne peux que recommander l’allaitement.

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