Est-ce vrai que les UV sont mauvais pour la santé ?

jeudi 31 mai 2012
par  Dr Phil
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Réponse : c’est faux, les UVs sont indispensables à notre bien-être et notre santé, et le plus grand danger c’est d’en manquer. Mais comme toutes les bonnes choses, il faut en user avec modération...

Les UV sont indispensables à notre bien-être et notre santé

Il est démontré que le soleil et ses UVs sont indispensables à la vie et présentent de nombreux atouts pour notre santé (OMS 2006) 1, dans la prévention de cancers et de diverses maladies chroniques (Grant 2009) 2.

On sait également qu’une exposition excessive peut entraîner des effets néfastes sur l’œil ou la peau, notamment le mélanome (Afssaps 2005) 3. Dans les 2 cas, les rayonnements UV sont en cause : ils provoquent la synthèse de vitamine D et probablement d’autres substances indispensable à notre santé, mais peuvent, à forte dose, endommager l’ADN cellulaire.

Cette courbe schématique, publiée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) 4, illustre parfaitement la nécessité d’un juste équilibre de notre exposition aux UV :

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Cette courbe présente cependant un défaut, elle est symétrique, suggérant qu’il y autant de risque à se surexposer aux UV qu’à se sous-exposer. Or ce n’est pas le cas : il semble qu’il y ait 30 fois plus de risque de maladies engendrées par une sous-exposition chronique aux UV que de risques liés à la surexposition. (Grant 2009) 5
Un déficit d’exposition aux UV est donc mauvais pour la santé.

A partir de ce constat simple, il paraît logique de prôner une exposition raisonnable au soleil et/ou aux UV :

  • Suffisante, pour bénéficier de ses bienfaits pour la santé, notamment par la synthèse de vitamine D (90 à 100% de notre vitamine D provient des UV 6)
  • Maîtrisée, pour éviter ses conséquences cutanées.

Seulement, les seules campagnes de communication sur ce sujet (sponsorisées par les fabricants de cosmétiques solaires) n’abordent que les effets néfastes des UV, en les caricaturant et, plus grave, en oubliant de préciser que les plus grand danger des UV, c’est d’en manquer ! Le résultat est une phobie solaire grandissante, avec des risques potentiels pour la santé.

Une très vaste étude américaine montre que l’exposition aux UV est associée à un plus faible risque de cancers

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Des études scientifiques indiquent que l’exposition au soleil, et en particulier à ses UVB, semble avoir des effets positifs sur la santé. Maladies cardio-vasculaires maladies cardiovasculaires Maladies qui concernent le cœur et les vaisseaux. Exemples : infarctus du myocarde, angine de poitrine, insuffisance cardiaque, hypertension artérielle, artériopathie oblitérante des membres inférieurs, troubles du rythme cardiaque, anévrisme, maladie thrombo-embolique, mort subite (trouble du rythme cardiaque entraînant un arrêt cardio-circulatoire). , diabète, maladies osseuses, cancers, sclérose en plaques, dépression, hypertension, troubles de la vision, infections, etc., toutes ces pathologies semblent inversement liées à notre exposition au soleil. Toutes les données géographiques confirment qu’on meurt davantage de cancers dans les régions à faible ensoleillement, même si d’autres facteurs (niveau de vie, etc.) peuvent également influer sur cette donnée.
Ce n’est donc pas un hasard si le National Cancer Institute (institut national du cancer) américain investit dans des recherches sur les bienfaits des UV solaires.
C’est ainsi qu’a été menée une vaste étude prospective, sur plus de 450 000 personnes, associant des données satellites de la NASA concernant l’exposition effective aux UV et le recensement des lieux de vie de ces personnes, suivies pendant 9 ans.
Les taux de cancers observés au cours de cette étude confirment que le ratio bénéfice / risque de l’exposition aux UVB est largement en faveur de l’exposition :

Cancer dont le risque est augmenté par les UV :

Cancers dont le risque est diminué par les UV :

Les résultats montrent que d’autres cancers sont également moins fréquents chez les personnes recevant le plus d’UV : cancer de la thyroïde, cancer du pancréas…
Même si le fait de démontrer un lien entre UV et cancer ne permet pas d’affirmer formellement une relation de cause à effet, la puissance et la qualité de cette étude prospective permet aux auteurs de conclure : "Nos résultats viennent s’ajouter aux preuves de plus en plus évidentes de l’influence de l’exposition aux UV sur le cancer."

Le rapport est donc très largement en faveur de l’exposition aux UV solaires, puisque le mélanome est bien moins fréquent que le cancer du côlon, de la prostate ou du poumon.

Une des hypothèses de cet effet favorable de l’exposition aux UV solaires et des effets néfastes d’une sous-exposition à ces rayons, émise depuis les années 80 et étayée depuis par de nombreuses études, est celle de la vitamine D. Qu’on pourrait également appeler "vitamine solaire".

Manquer d’UV, c’est risquer une carence en vitamine D

Le déficit d’exposition aux UV engendre un déficit en vitamine D. La peau est en effet le seul tissu de l’organisme capable de fabriquer de la vitamine D3, sous l’effet du rayonnement UV, puis de la convertir en dérivés actifs. La vitamine D circule et agit dans tout l’organisme, à la manière d’une hormone, pour réguler plus de 1 000 gènes et ainsi renforcer nos os, stimuler nos défenses, limiter la prolifération de cellules anormales, etc. (Tavera-Mendoza 2008).7

Un déficit d’exposition aux UV se traduit par un déficit en vitamine D, car en France les aliments ne sont pas ou faiblement enrichis en vitamine D et les apports alimentaires sont généralement bas (moins de 100 UI/jour). (Chapuy 1997) 8 

Les études scientifiques sont formelles :

  • Les français n’ont pas assez de vitamine D une grande partie de l’année. (Chapuy 1997) 9, selon une publication de l’Institut National de Veille Sanitaire, 80,1% des adultes présentant une insuffisance (<30 ng/ml), 42,5% un déficit modéré à sévère, et 4,8% un déficit sévère. (Vernay 2012)16.
  • La France fait partie des pays d’Europe où les femmes ont les taux de vitamine D sont les plus bas. (Bruyère 2007) 10.

La prévalence de l’insuffisance et de la carence en vitamine D a fait l’objet d’une grande étude, dans le cadre de la cohorte nationale SUVIMAX. 1 569 personnes, âgés de 35 à 65 ans, vivant en milieu urbain et répartis sur l’ensemble du territoire national, ont été étudiés pendant une période allant de novembre à avril. Il a été clairement démontré que parmi la population étudiée, 75 % des personnes présentent une insuffisance en vitamine D (vitamine D < 78 nmol/L ou 31 ng/mL). (Chapuy 1997) 8
Cette étude montre également une dépendance du taux de déficit en vitamine vis-à-vis de l’ensoleillement et de la latitude : les personnes dans le nord de la France seraient plus carencées que dans le sud.

Enfin, l’étude a permis de mettre en évidence qu’il n’y a aucune synthèse de vitamine D par la peau en France entre les mois de novembre et mars faute d’exposition solaire suffisante et que la quantité de Vitamine D apportée par l’alimentation n’est pas suffisante pour contrebalancer le déficit de production en hiver (Chapuy 1997) 8.

Plus récemment, une autre étude a été effectuée sur 196 femmes âgées de 19 à 49 ans en région lyonnaise et dans la Drome Nord (latitude de 45°) sur une période allant du 1er janvier au 31 mars. Elle a permis de mettre en évidence que l’insuffisance en vitamine D est présente chez 96 % des jeunes femmes et que ce déficit n’est pas comblé par les apports nutritionnels. (Le Goaziou 2009) 11

Quant aux hommes, l’une des rares études qui leur est spécifiquement consacrée en France retrouve 94 % d’insuffisance vitaminique D chez les hommes âgés de 19 à 59 ans vivant dans les Rhônes-Alpes et la Gironde. Ils sont 27 % à avoir une carence sévère (25(OH)D ≤ 30 nmol/l [12 ng/ml]). (Dupraz 2011) 12

Parmi les principales causes d’insuffisance évoquées, outre la saison hivernale, on note l’évitement solaire et le port de vêtements couvrants alors que l’exposition de corps entier à la mer ou à la montagne permettrait d’atteindre des niveaux suffisants (l’exposition en ville semblant moins efficace). (Le Goaziou 2009) 11

Une carence en vitamine D comporte des risques pour la santé

Le déficit en vitamine D est associé avec un risque accru de plus de 12 types de cancers, de maladies auto-immunes (diabète, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques, etc.), d’infections et de maladies cardio-vasculaires maladies cardiovasculaires Maladies qui concernent le cœur et les vaisseaux. Exemples : infarctus du myocarde, angine de poitrine, insuffisance cardiaque, hypertension artérielle, artériopathie oblitérante des membres inférieurs, troubles du rythme cardiaque, anévrisme, maladie thrombo-embolique, mort subite (trouble du rythme cardiaque entraînant un arrêt cardio-circulatoire). . (Holick 2011)13

Outre son impact bénéfique sur l’os, l’action de la vitamine D concerne un très grand nombre de fonctions de notre organisme, elle agit par exemple sur les cellules du cerveau, de la prostate, du sein, du côlon ou du système immunitaire. Ceci expliquerait les conséquences multiples observées en cas de carence en vitamine D. (Holick 2007)14 (Holick 2008) 15

Il pourrait y avoir un lien entre l’apparition de nombreux cancers et la carence en vitamine D. D’après de nombreuses études effectuées dans le monde entier, un taux de vitamine D sanguin en dessous de 20 ng/mL est associé avec une augmentation de 30 à 50% du risque de cancers du côlon, de la prostate ou du sein ainsi que de la mortalité liée à ces cancers. (Holick 2007) (Holick 2008)

D’autres études internationales ont, quant à elles, prouvé qu’il y avait un lien entre la latitude du lieu de résidence et le risque d’apparition de certaines pathologies. Ainsi, a-t-on plus de risque de développer un diabète de type I, une maladie immunitaire (maladie de Crohn, sclérose en plaques,…), une schizophrénie, de l’hypertension ou une maladie cardio-vasculaire maladies cardiovasculaires Maladies qui concernent le cœur et les vaisseaux. Exemples : infarctus du myocarde, angine de poitrine, insuffisance cardiaque, hypertension artérielle, artériopathie oblitérante des membres inférieurs, troubles du rythme cardiaque, anévrisme, maladie thrombo-embolique, mort subite (trouble du rythme cardiaque entraînant un arrêt cardio-circulatoire). lorsque l’on vit à une latitude plus élevée. (Holick 2007)14 (Holick 2008) 15

Enfin à plus court terme, la carence en vitamine D s’exprime par des douleurs osseuses et musculaires et une fatigue. (Le Goaziou 2009) 11

En conclusion, le rayonnement UV solaire est indispensable à la santé. Cependant, comme la plupart des éléments de notre environnement, son excès peut être nocif. Il importe donc de savoir profiter des bienfaits indispensables des UV, tout en évitant la surexposition.


Niveau de certitude : ÉLEVÉ

Références :

1 OMS 2006. Brochure Soleil et sante ? : Comment profiter du soleil en toute sécurité. World Health Organization 2006 WHO/SDE/PHE/06.02.

2 Grant WB. In defense of the sun : An estimate of changes in mortality rates in the United States if mean serum 25-hydroxyvitamin D levels were raised to 45 ng/mL by solar ultraviolet-B irradiance. Dermatoendocrinol. 2009 ;1(4):207-14.

3 Afsse, InVS, Afssaps – Ultraviolets - Etat des connaissances sur l’exposition et les risques sanitaires – Mai 2005.

4 OMS : Effets du rayonnement UV sur la sante. http://www.who.int/uv/health/fr/ (juillet 2011).

5 Grant WB. In defense of the sun : An estimate of changes in mortality rates in the United States if mean serum 25-hydroxyvitamin D levels were raised to 45 ng/mL by solar ultraviolet-B irradiance. Dermatoendocrinol. 2009 ;1(4):207-14.

6 Holick MF, Binkley NC, Bischoff-Ferrari HA, Gordon CM, Hanley DA, Heaney RP, Murad MH, Weaver CM. Evaluation, treatment, and prevention of vitamin d deficiency : an endocrine society clinical practice guideline. J Clin Endocrinol Metab. 2011 ;96(7):1911-30.

7 Tavera-Mendoza L, White J. La vitamine du soleil. Pour la Science - n° 365 mars 2008.

8 Chapuy MC, Preziosi P, Maamer M, Arnaud S, Galan P, Hercberg S, Meunier PJ. Prevalence of vitamin D insufficiency in an adult normal population. Osteoporos Int. 1997 ;7(5):439-43.

9 Chapuy MC, Preziosi P, Maamer M, Arnaud S, Galan P, Hercberg S, Meunier PJ. Prevalence of vitamin D insufficiency in an adult normal population. Osteoporos Int. 1997 ;7(5):439-43.

10 Bruyère O, Malaise O, Neuprez A, Collette J, Reginster JY. Prevalence of vitamin D inadequacy in European postmenopausal women. Curr Med Res Opin. 2007 Aug ;23(8):1939-44.

11 Le Goaziou M, Dupraz, C, Martin A, Martinand N, Quinault P, Schott AM, Laville M, Contardo G. L’hypovitaminose D chez les femmes jeunes : une réalité sous-estimée. Cah Nut Diet 2009 ; 44 (6) 264-272.

12 Dupraz C, Pigache C, Martin A, Gerard A, Le Goaziou M. Prevalence and risks factors of vitamin D deficiency in an adult male population in primary care. European Journal of General Practice, 2011 ; 17 : 34–57.

13 Holick MF, Binkley NC, Bischoff-Ferrari HA, Gordon CM, Hanley DA, Heaney RP, Murad MH, Weaver CM. Evaluation, treatment, and prevention of vitamin d deficiency : an endocrine society clinical practice guideline. J Clin Endocrinol Metab. 2011 ;96(7):1911-30.

14 Holick MF. Vitamin D deficiency. N Engl J Med. 2007 ;357(3):266-81.

15 Holick MF, Chen TC. Vitamin D deficiency : a worldwide problem with health consequences. Am J Clin Nutr. 2008 Apr ;87(4):1080S-6S.

16. Vernay M. Statut en vitamine D de la population adulte en France - l’Étude nationale nutrition santé. BEH 16-17 ;24 avril 2012.

17. Lin SW, Wheeler DC, Park Y, Cahoon EK, Hollenbeck AR, Freedman DM, Abnet CC. Prospective study of ultraviolet radiation exposure and risk of cancer in the United States. Int J Cancer. 2012 Sep 15 ;131(6)-E1015-23.


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