La traction de langue : remède miracle pour ressusciter les… décapités ?

dimanche 11 octobre 2015
par  Dr Phil
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Et oui, la traction de la langue est le remède pour secourir les asphyxiés, électrocutés et autres personnes en état de mort apparente… en 1900 !

On trouve cette notice dans la La Chronique médicale N°1 de 1894 (1) :

"Les douaniers des côtes peuvent être appelés à secourir des asphyxiés par submersion : mais les instructions sur les mesures à prendre d’urgence en pareil cas, manquent. Le directeur général des douanes vient de prendre une bonne mesure. Il a décidé de faire afficher, dans tous les postes douaniers, une instruction détaillée du procédé des tractions rythmées de la langue, de M. Laborde."

Une technique inventée pour réanimer, voire ressusciter

L’auteur fait référence à la technique inventée par Jean-Baptiste Vincent Laborde (1830-1903). Ce médecin est chef des travaux physiologiques à la Faculté de médecine de Paris. Ses principaux travaux portent sur les tractions rythmées de la langue dans les cas de mort apparente, la lutte contre l’utilisation de la céruse, contre la tuberculose et surtout contre l’alcoolisme.
Il pousse ses recherches jusqu’à essayer sa technique de traction rythmée de la langue sur des condamnés à mort fraîchement décapités !

Voici des extraits d’une communication présentée à la séance du 15 décembre 1979 de la Société française d’histoire de la médecine (3), traitant de ce sujet :

"Physiologiste, Laborde écrit : « Entre le moment où se produisent les signes extérieurs apparents de la mort par la suppression des grandes fonctions essentielles à l’entretien de la vie, la respiration et la circulation, et le moment où s’achève la mort pour devenir réelle et définitive, il existe une période latente d’une durée plus ou moins longue selon la cause et la nature de la mort elle-même. Pendant cette période survivent et persistent les propriétés fonctionnelles des tissus et des éléments dont la mise en jeu par une intervention appropriée est capable de raviver momentanément et définitivement ces fonctions vitales. » …/… Pour Laborde, « la mort est certaine quand la méthode des tractions rythmées de la langue poursuivie assez longuement est restée sans effet ».
.../...
Un chien revient à la vie après deux heures et demi… l’équipe le surnomme ’Lazare"
"Expérimentateur méthodique, Laborde établit divers protocoles d’expériences sur le chien et le lapin, provoquant la syncope et réanimant l’animal par excitation du bout central des nerfs sensitifs : glosso-pharyngien, lingual, laryngé supérieur, pneumogastrique. Les tractions rythmées de la langue qu’il imagine agissent comme excitant mécanique des fibres sensitives de ces nerfs. Nous ne rapporterons qu’une expérience particulièrement frappante d’asphyxie avec mort apparente chez un chien, à la suite de la chloroformisation à outrance. Par tractions rythmées de la langue, réanimation en un quart d’heure. « Le lendemain, le chien est ressuscité, est vif, alerte, sans traces apparentes de l’expérience subie la veille, ayant bien mangé sa pâtée. Répétition de l’expérience le surlendemain. Deux fois les mors de la pince dérapent, entraînant des interruptions dans les tractions rythmées, et ce n’est qu’au bout de deux heures et demie qu’il a été ranimé et redevient tout à fait normal. Depuis, au Laboratoire de physiologie, on appelle ce chien : Lazare. »
…/…
Tentative de réanimer la tête de guillotinés
"Poursuivant ses recherches, Laborde a voulu voir si chez un guillotiné on observait sur la tête et le reste du corps des phénomènes extérieurs dans les minutes qui suivent la décapitation et assista à trois exécutions capitales …/…
Laborde et Malbec se tiennent tout près de l’échafaud. Dès que la tête sanglante tombe dans le panier rempli de sciure, disposé ad hoc, suivant le protocole établi par Laborde,un aide du bourreau prend la tête,la tient entre les deux mains ; Malbec écarte les mâchoires du supplicié et, armé de la pince à griffes,
assujettit la langue à la pince et lui imprime des mouvements successifs de tractions et de retraits, toutes les deux secondes environ, tandis que Laborde observe la tête du guillotiné dans le petit jour blafard, s’éclairant d’une bougie. Approchant la lumière, il recherche le réflexe pupillaire à la lumière et, énervé, s’écrie : « mais tirez, tirez donc, Malbec ! » ; et brusquement la langue resta au bout de la pince."

Ces expériences seraient en bonne place dans un film sur Frankenstein.

Je vous passe les détails qui suivent concernant les mouvements des yeux et les grimaces observées sur la tête du supplicié (séparée du corps, je le rappelle)...

Je joins au présent article cette notice ancienne, qui était probablement distribuée dans les drogueries. Les tractions rythmées de la langue y sont en très bonne place.

Le procédé de Laborde est maintenant tout à fait tombé dans l’oubli ; mais cette méthode était encore indiquée dans les questions de physiologie pour la préparation de l’Internat de Bordeaux vers 1930, et était appliquée lors de syncopes anesthésiques, la langue étant prise dans une pince spéciale avec deux griffes qui piquaient dans sa surface supérieure et, en vis-à-vis, une palette avec des reliefs arrondis pour arrimer la face inférieure de la langue sans la faire saigner. (3)

Inutile de préciser que cette technique n’est plus recommandée de nos jours, asphyxié ou pas. Mais, sait-on jamais, la médecine s’intéresse parfois à de vielles techniques pour les remettre au goût du jour, telles que l’application de sangsues ou de miel pour soigner certaines plaies. Alors, je garde ces informations précieusement en cas de besoin...


Source :
1) La Chronique médicale / revue bi-mensuelle de médecine scientifique, littéraire & anecdotique. 1894, n° 01.
2) Poirier J. [Jean-Baptiste Vincent Laborde (1830-1903), forgotten neurologist and neurophysiologist]. Geriatrie et psychologie neuropsychiatrie du vieillissement. 2015 ;13(1):73-82.
3) J.J. DUBARRY (Bordeaux). J. Vincent LABORDE et son procédé de réanimation par tractions rythmées de la langue. La survie neuro-musculaire après décapitation. Communication présentée à la séance du 15 décembre 1979 de la Société française d’histoire de la médecine.


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