Est-ce vrai que les poux préfèrent les cheveux propres ?

samedi 18 février 2012
par  Dr Phil
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Probablement FAUX, les poux semblent s’accrocher à tous les cheveux qui passent à leur portée !

Les poux de têtes sont fréquents chez les enfants de 3 à 12 ans (Nutanson I 2008, Frankowski BL 2010). Cette parasitose - pediculosis capitis -, est causée par Pediculus humanus capitis. Cette bestiole gris-blanchâtre de 1 à 3 mm de long se nourrit de notre sang et s’aggripe à nos cheveux avec 3 paires de griffes. Le poux de cheveux ne vole pas, ne saute pas, et se déplace le long de nos cheveux à la vitesse de 27 cm par minute. Le poux adulte peux survivre 3 jours hors de son hôte et la lente environ 10 jours. (Nutanson I 2008)

L’infestation par les poux est le plus souvent bénigne, mais entraîne démangeaisons, absentéisme scolaire et une gène des parents et des enfants, car elle est stigmatisante : elle est parfois considérée comme une maladie des pauvres liée à un manque d’hygiène. Mais d’autres prétendent au contraire que les poux préfèrent les cheveux propres, c’est à y perdre la tête !

Alors, a-t-on étudié ce qui favorisait l’infestation d’une personne par les poux : type de cheveux, niveau socio-économique défavorisé ?

De nombreuses études ont été menées. Mais les résultats sont discordants, probablement en raison de la difficulté de mener ces études de façon fiable (Willems S 2005) pour deux raisons essentielles : les critères de diagnostic sont variables et pas tous de même performance ; les techniques statistiques utilisées doivent être suffisamment puissantes pour éliminer des biais biais En statistique, un biais est une démarche qui engendre des erreurs dans les résultats d’une étude.
Exemples de biais :
• Biais de sélection : les personnes sondées ne sont pas représentatives de la population générale
• Biais de mesure : les techniques de mesures sont incorrectes
• Biais de publication : les données sont davantage diffusées lorsqu’elle arrangent les auteurs de l’étude. Dans le passé, il était courant d’interrompre ou de ne pas publier une étude sur un médicament qui ne donnait pas les résultats espérés. Ainsi, la plupart des publications portant sur un médicament lui étaient-elles favorables. De nos jour, l’obligation de rendre publique tout essai thérapeutique a pour objectif de limiter ce biais.
• Biais d’un estimateur : la différence entre l’espérance de l’estimateur et la vraie valeur du paramètre estimé.
• Biais d’interprétation : erreur dans le mode d’analyse des résultats.
• etc.
et des facteurs de confusion qui peuvent être nombreux.

Néanmoins on constate des inégalités dans la fréquence de l’infection selon les caractéristiques des personnes.
Par exemple, les noirs aux USA sont moins touchés (Frankowski BL 2010). L’explication résiderait dans la géométrie différente de leurs cheveux : les cheveux des personnes noires ont, en coupe, un profil ovale pour lequel les pattes des poux sont mal adaptées pour s’accrocher. Mais en Afrique, les griffes des poux sont adaptées à ce type de chevelure...

Les filles sont environ deux fois plus fréquemment atteintes que les garçons, mais ni la longueur des cheveux ni la fréquence des shampooings ne semblent avoir d’influence sur le risque d’infestation. Ce risque accru est probablement dû au fait que les filles ont des activités avec des contacts corporels plus intimes que les garçons, conduisant à des contacts de chevelure à chevelure.

En fait, le principal facteur de risque d’infestation semble être la promiscuité, qui favorise le contact direct et prolongé chevelure à chevelure : il semble que le poux ne quitte jamais volontairement nos cheveux, où il trouve chaleur, humidité, nourriture et abris pour ses oeufs et ses larves (Frankowski BL 2010, Nash B 2003). Il est probable que lors de ses déplacements, il agrippe au premier cheveu qui passe, quitte à changer de propriétaire si deux têtes se touchent à ce moment là !

Cette hypothèse semble confirmée par une grande étude menée en Belgique auprès de 6169 enfants âgé de 2,5 à 12 ans (Willems S 2005). Les auteurs ont cherché parmi différents facteurs, ceux qui étaient associés à une prévalence accrue de la pédiculose. Les résultats ont montré que la prévalence de l’infestation par les poux était liée aux situations de regroupement d’enfant (favorisant les contacts directs), bien davantage qu’à des caractéristiques de l’enfant.

Cette étude montre que d’autres caractéristiques peuvent être associées statistiquement à une plus forte prévalence des poux :

  • les enfants à cheveux noirs étaient moins souvent infesté lors de l’examen de dépistage
  • les enfants de milieu socio-économique plus faible étaient plus souvent infestés lors de l’examen de contrôle à 14 jours. Mais les auteurs refusent de conclure à un lien de causalité, car il y a à l’évidence des facteurs de confusion : des cheveux noirs rendent plus difficile le repérage des poux, un milieu socio-économique défavorisé rend plus difficile l’accès aux traitements...

En conclusion : il n’y a sans doute pas de "tête à poux", propre ou sale. Les poux semblent se ficher de la propreté de votre chevelure, ils s’accrochent simplement aux cheveux qui passent à leur portée !


Niveau de certitude : MOYEN

Références :
Frankowski BL, Bocchini JA Jr ; Council on School Health and Committee on Infectious Diseases. Head lice. Pediatrics. 2010 Aug ;126(2):392-403.

Nutanson I, Steen CJ, Schwartz RA, Janniger CK. Pediculus humanus capitis : an update. Acta Dermatovenerol Alp Panonica Adriat. 2008 Dec ;17(4):147-54, 156-7, 159.

Nash B. Treating head lice. BMJ. 2003 Jun 7 ;326(7401):1256-7.

Willems S, Lapeere H, Haedens N, Pasteels I, Naeyaert JM, De Maeseneer J. The importance of socio-economic status and individual characteristics on the
prevalence of head lice in schoolchildren.Eur J Dermatol. 2005 Sep-Oct ;15(5):387-92.


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