On peut calculer son risque de mourir dans les 10 prochaines années !

vendredi 7 août 2015
par  Dr Phil
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La science permet d’établir des algorithmes à partir d’observations menées en vie réelle, en suivant des milliers de personnes pendant des années et en étudiant soigneusement des événements de santé et les paramètres qui sont associés. On peut ainsi établir des formules théoriques qui permettent de comparer vos propres paramètres (âge, mode de vie, etc.) à ceux des populations étudiées. Un simple calcul, et hop, vous savez quel risque (théorique) vous avez de mourir dans les dix prochaines années !
Attention : ces calculateurs sont essentiellement des outils de recherche, leur valeur pour votre propre cas n’est pas fiable à 100%, il présentent l’intérêt de mettre en avant certains comportements à éviter (tabagisme pas exemple). Mais si vous vous inquiétez de votre santé future il vaut mieux en parler à un médecin !

Les interventions de santé pour prévenir les maladies graves et/ou leur complications sont généralement coûteuses et il faut donc des outils pour prendre des décisions de traiter ou non telle ou telle personne vis-à-vis d’une maladie qu’elle n’a pas encore développée. Par exemple, quand et comment traiter un patient hypertendu pour éviter qu’il ne développe des pathologies cardiovasculaires ? Chez une personne apparemment en bonne santé, quels sont les indicateurs qui vont permettre de prévoir un risque accru de développer une maladie, voire d’en mourir ?
Les médecins ont donc mis en place de grandes études épidémiologiques, en suivant des milliers de personnes pendant des années et en observant tous les événements de santé. En recueillant des dizaines de paramètres chez toutes les personnes suivies, puis en les analysant statistiquement à la lumière des événements de santé qui apparaissent, on arrive à faire émerger des associations : trop de tension artérielle, le diabète, le tabagisme, le sexe masculin, l’obésité obésité L’obésité est définie par un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 chez l’adulte. On parle d’obésité "morbide" quand l’IMC est supérieur à 40.
L’IMC est un indice mondialement reconnu, qui se calcule en divisant le poids corporel en Kg par la taille (en mètres) au carré. Quand un médecin parle de surpoids ou d’obésité ça n’est donc pas au "jugé" ou sur des critères morphologiques, mais sur cet indice. Cependant, l’IMC ne reflète pas bien la masse grasse et notamment la graisse qu’on considère comme potentiellement dangereuse : celle du "ventre". Il faut donc également estimer cette graisse en mesurant le tour de taille et en calculant le rapport taille/hanche.
sont, par exemple associés à un risque accru d’événements cardiovasculaires. On peut même connaitre précisément son risque cardiovasculaire facteurs de risque cardiovasculaire Facteur favorisant le développement d’une pathologie cardiovasculaire. grâce à des calculateurs dont certains sont accessibles sur internet, par exemple :

http://www.besancon-cardio.org/cardiologie/public-prevention-calcul.php

http://www.ameli.fr/professionnels-de-sante/medecins/exercer-au-quotidien/aide-a-la-pratique-memos/les-memos-de-bonne-pratique/risque-cardiovasculaire.php

Un calculateur pour les personnes apparemment en bonne santé vivant en France

Mais les maladies cardiovasculaires maladies cardiovasculaires Maladies qui concernent le cœur et les vaisseaux. Exemples : infarctus du myocarde, angine de poitrine, insuffisance cardiaque, hypertension artérielle, artériopathie oblitérante des membres inférieurs, troubles du rythme cardiaque, anévrisme, maladie thrombo-embolique, mort subite (trouble du rythme cardiaque entraînant un arrêt cardio-circulatoire). ne sont pas les seules responsables des décès et une équipe française s’est attachée à définir un algorithme pour prévoir le risque absolu risque absolu Le risque absolu ou risque de base de développer une maladie est le rapport du nombre de nouveaux cas de cette maladie dans une population donnée et sur une période donnée, sur le nombre de personnes à risque au début de la période. Exemple : risque absolu de cancer du sein en France en 2000 = 270 cas pour 100 000 femmes âgées de 50 à 54 ans.

A ne pas confondre avec le risque relatif qui indique l’augmentation ou la diminution du risque absolu en fonction de l’exposition à un facteur de risque (tabac par exemple).
de mortalité à 10 ans, toutes causes confondues, chez les personnes apparemment en bonne santé vivant en France (un pays reconnu pour son espérance de vie élevée). (Bérard E et coll. 2011)
Ils ont ainsi analysé sur 10 ans les données de 3208 personnes âgées de 35 à 64 ans et défini les paramètres associés au décès. Les facteurs associés à un risque accru de décès étaient, dans cette étude :

Par exemple, un homme de 46 ans, non diabétique, gros fumeur, vivant dans le sud, n’ayant pas fait d’études secondaires, avec un taux de LDL-cholestérol Cholestérol Lipide (substance grasse) produit par la foie, indispensable au bon fonctionnement de notre organisme et de nos cellules, mais dont l’excès dans le sang ou dans la paroi des artère peut entraîner des maladies cardiovasculaires. ≥ 5.2 mmol/L et un pression artérielle systolique < 160 mmHg, a une probabilité de décéder dans les 10 ans de 17 %.

Et pour les anglophones : calculer son risque de décès et son âge théorique

Des chercheurs anglais (Ganna A, Ingelsson E, 2015) ont analysé chez près de 500 000 anglais adultes 655 paramètres (démographiques, de santé, de style de vie) et leur association avec la mortalité (mortalité globale toutes causes confondues et mortalité par 6 causes spécifiques). Ces personnes ont été suivies pendant environ 5 ans en moyenne. Les auteurs concluent que les facteurs les plus prédictifs de décès (toutes causes confondues) étaient :

  • chez les hommes : l’état général de santé perçu par la personne elle même
  • chez les femmes : un diagnostic de cancer dans les antécédents
  • dans la population ne présentant aucune maladie importante : le tabagisme.

Enfin, les auteurs ont mis leur résultats à disposition sur un site internet, où on trouve en particulier un calculateur : en répondant à une douzaine de questions (on vous demandera par exemple si vous fumez, mais aussi combien vous avez de voitures !) on obtient une estimation de sa propre probabilité de décès dans les 5 ans. Le site vous indique également votre "âge théorique", par exemple si vous avez 56 ans et que votre âge théorique est de 46 ans, cela signifie que votre risque de décès dans les 5 ans est équivalent à celui d’un homme de 46 ans vivant en Angleterre (je viens de gagner dix ans avec ce logiciel !).

http://www.ubble.co.uk/risk-calculator/disclaimer.php
(site en anglais)


Niveau de certitude : MOYEN
Références :
Bérard E, Bongard V, Arveiler D, Amouyel P, Wagner A, Dallongeville J, Haas B, Cottel D, Ruidavets JB, Ferrières J. Ten-year risk of all-cause mortality : assessment of a risk prediction algorithm in a French general population. Eur J Epidemiol. 2011 May ;26(5):359-68. doi : 10.1007/s10654-010-9541-6. Epub 2010 Dec 28.

Ganna A, Ingelsson E. 5 year mortality predictors in 498 103 UK Biobank participants : a prospective population-based study. Lancet. 2015.


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